1. Les phonèmes du persan

Cette section donne l’inventaire graphique employé dans ce cours pour le persan littéraire moderne d’Iran. Il s’agit d’une notation orientée vers les formes phonologiques et grammaticales du persan, non d’une translittération lettre à lettre de l’écriture perso-arabe. Les distinctions historiques utiles à l’étymologie ne sont donc introduites que lorsqu’elles correspondent à une opposition pertinente dans la forme persane décrite.

Consonnes et élément auxiliaire w


Type Signes Valeur principale
Occlusives p b t d k g occlusives correspondantes
Affriquées č j č = /tʃ/ ; j = /dʒ/
Fricatives f v s z š ž x h š = /ʃ/ ; ž = /ʒ/ ; x = /x/
Uvulaire q phonème uvulaire unifié du profil iranien moderne
Sonantes m n l r sonantes correspondantes
Palatale y /j/ et emplois de liaison fixés par les règles morphologiques
Glottale ‘ consonne glottale conservée par la forme normative du mot
Auxiliaire w élément non syllabique dans des séquences normatives, surtout ow

Notes sur les signes non retenus dans le tableau :

  • Les sources historiques de /s/ ne sont pas distinguées dans cette notation : elles se notent simplement s dans le profil moderne.
  • Les sources historiques de /z/ se notent de même z.
  • L’opposition graphique ou étymologique entre les sources de h n’est pas maintenue comme opposition phonémique moderne ; le cours note h.
  • Les valeurs historiques de l’uvulaire sont réunies sous q pour le persan littéraire moderne d’Iran.
  • Le signe ‘ est réservé au consonantisme glottal conservé dans une forme normative, par exemple dans un mot comme ba‘d. Il ne sert pas à marquer automatiquement toute attaque vocalique, ni à reproduire mécaniquement chaque ‘ayn ou hamza de l’étymologie.
  • w n’est pas traité comme une consonne indépendante du tableau principal : il note l’élément non syllabique de séquences telles que ow, sauf dans un profil historique explicitement distinct.

Voyelles


i u
e o
a ā

Diphtongues

Les deux diphtongues retenues ici sont ey et ow.

2. Cas, genre et structure de la phrase

Pour lire une phrase persane simple, il faut partir de la syntaxe plutôt que d’une déclinaison nominale. Le nom ne change pas de forme selon sa fonction ; les relations grammaticales sont indiquées par la position, les prépositions et, pour certains objets directs, par rā (voir § 22).

Le groupe nominal ignore aussi l’opposition masculin/féminin. Cette absence de genre vaut pour le nom lui-même, pour l’adjectif et pour les déterminants.

Dans une phrase déclarative neutre, le verbe ferme la proposition. Lorsqu’il s’agit d’une phrase à copule, l’attribut se place donc avant la copule :

Kamrān āmāde ast <Kamran prêt est> « Kamran est prêt ».

Une question totale peut être produite sans changement d’ordre, par l’intonation seule. āyā rend l’interrogation explicite, alors que magar ajoute une attente de réponse contraire.

3. Absence d’article et nombre

Le nom persan n’est pas précédé d’un article défini ou indéfini du type français. La valeur référentielle se déduit d’abord du contexte : un nom nu peut renvoyer à un référent déjà identifiable ou introduire une référence non encore individualisée.

Pour marquer explicitement une référence nouvelle ou non identifiée, on emploie -i sur le nom ou sur l’ensemble du groupe nominal :

daftar « (le) cahier » ; daftari « un cahier » ; daftar-o qalam « un cahier et un stylo ».

yek « un » peut remplir une fonction voisine. Il apparait seul ou en combinaison avec -i :

yek nāme / yek nāme‘i / nāme‘i « une lettre ».

Le nombre se marque séparément de la détermination. Le pluriel ordinaire emploie -hā; -ān, plus classique et souvent humain, demeure possible dans certains mots ou registres :

daftarhā « des / les cahiers » ; zanān ou zanhā « des / les femmes ».

Le pluriel nominal n’entraine pas automatiquement les mêmes accords que dans les langues romanes. À la 3e personne, un sujet pluriel humain ou animé appelle normalement un verbe pluriel ; pour un sujet inanimé ou abstrait, le singulier reste fréquent, même si le pluriel peut se rencontrer.

L’adjectif épithète ou attribut ne porte pas la marque du pluriel, et le démonstratif adjectival se comporte de la même façon. La pluralisation réapparait lorsque l’adjectif fonctionne comme nom, ou lorsque le démonstratif est pronominal :

ān daftarhā « ces cahiers » ; ānhā « ceux-là ».

ān daftarhā kohne ast « ces cahiers sont vieux » ; kohnehā « les vieux ».

Le pluriel persan peut coexister avec un pluriel arabe conservé dans le lexique emprunté :

ketābhā = kotob « les livres ».

4. Adjectifs et ezāfe ; expression de la possession

Dans le groupe nominal persan, l’ezāfe marque la dépendance qui part du nom principal vers l’élément placé après lui. Ce lien peut introduire un possesseur, une qualité, une apposition ou un complément.

qalam-e dānešāmuz « le stylo de l’élève » ;

doxtar-e javān « la jeune fille » ;

Kamrān-e naqqāš « Kamran le peintre » ;

xānom-e Behzād « Madame Behzad ».

Le même mécanisme se retrouve dans des groupes devenus presque lexicaux. Leur traduction française peut inverser les termes, mais la structure persane reste celle d’un nom suivi d’un déterminant lié par ezāfe :

pir-e mard <vieux /ezāfe/ homme> « le vieil homme » ;

pir-e zan <vieux /ezāfe/ femme> « la vieille femme ».

L’indéfini se place différemment selon la portée voulue. Quand -i porte sur tout le groupe, il s’ajoute à la fin de la chaine à ezāfe. Si la marque est attachée directement au nom, l’adjectif n’est plus relié par ezāfe :

bāq-e kučeki = bāqi kuček « un petit jardin ».

Pour modifier le degré d’un adjectif, on place un adverbe intensifieur devant l’adjectif, par exemple xeyli ou besyār :

in daftar xeyli kohne ast <ce cahier très vieux est> « ce cahier est très vieux ».

La possession exprimée par une phrase complète ne se construit pas comme un simple groupe nominal. Le persan emploie volontiers māl « propriété », suivi du possesseur par ezāfe. Une autre solution utilise az ān, littéralement « de celui/celle de » :

in daftar māl-e Kamrān ast « ce cahier est à Kamran » ;

in daftar māl-e man ast <ce cahier propriété /ezāfe/ moi> « ce cahier est le mien » ;

in daftar az ān-e Kamrān ast <ce cahier de celui de Kamran est> « ce cahier est à Kamran ».

Le degré comparatif appartient à la morphologie de l’adjectif : -tar s’ajoute à la base, et le second terme de la comparaison est introduit par az :

Kamrān az Leylā bozorgtar ast « Kamran est plus grand que Leyla ».

Le superlatif ajoute -tarin. Si la forme ainsi obtenue est employée comme nom, le groupe qui indique l’ensemble de référence se rattache par ezāfe :

kučektarin-e dānešāmuzān « le plus petit des élèves ».

5. Prépositions et locutions prépositionnelles

Deux types de constructions doivent être distingués. Les prépositions simples gouvernent directement leur complément ; les locutions prépositionnelles, elles, sont souvent construites autour d’un nom ou d’un adverbe relationnel et demandent l’ezāfe devant le complément.

Prépositions simples

Dans ce premier type, la préposition précède immédiatement le groupe nominal :


Relation Formes
origine, direction, limite az « de » (ze en classique) ; be « à » ; tā « jusqu’à »
position ou inclusion bar « sur » ; dar « dans »
accompagnement ou absence bā « avec » ; bi « sans »
comparaison čun « comme »
exclusion joz « excepté » ; magar « excepté » (plus rare)

be a un domaine d’emploi particulièrement large ; en classique, il peut aussi prendre une valeur proche de « avec ». Devant les démonstratifs in et ān, la liaison donne couramment badin et badān (voir § 6).

Locutions à noyau nominal ou adverbial

Quand la relation spatiale ou abstraite est portée par un nom comme ru « visage » ou jā « place », ce nom se comporte comme une tête : le complément qui précise le repère suit avec ezāfe.


surface ru-ye miz « sur la table » (ru « visage »)
substitution de place jā-ye man « à ma place » (jā « place »)
position inférieure zir-e miz « sous la table » (zir « dessous »)
intervalle dar miān-e in do manzel « entre ces deux maisons »

Le groupe prépositionnel obtenu peut ensuite déterminer un nom par ezāfe :

manzel-e bi bāq « une maison sans jardin ».

6. Évitement du hiatus

Les règles de liaison dépendent de deux éléments : la voyelle finale de la base et l’initiale du suffixe ou de l’ezāfe. Elles relèvent à la fois de la prononciation, de la transcription adoptée ici et, parfois, de la manière dont l’écriture persane note ou ne note pas la liaison.


Finale de la base Élément suivant Liaison
-ā, -u, -i suffixe en -a ou -ā -y- : āqā-y-ān, soxango-y-ān, širāzi-y-ān
-e dans certains noms animés pluriel -ān -g- : baččegān « les enfants »
-ā, -u suffixe -i hamza transcrit ‘ : āqā‘i, bānā‘i
-ey, -ow suffixe vocalique ou ezāfe résolution en -ay, -av : peyravi, peyrav-e Kamrān

L’indéfini -i illustre bien la différence entre forme écrite et forme prononcée. Après une base en -i, le suffixe n’a normalement pas de réalisation audible ou visible ; sandali peut donc être interprété comme « la chaise » ou « une chaise ». La poésie peut cependant faire réapparaitre cette voyelle pour les besoins du mètre. Après -e, l’écriture recourt à un hamza sur -e (‭هٔ) ou à un i (یا) séparé ; dans cette transcription, on note la jonction par ‘ :

nāme‘i « une lettre ».

Pour l’ezāfe, la forme de liaison est -ye après les finales vocaliques -ā, -e, -u et -i. L’écriture ne l’indique pas de la même manière dans tous les cas : après -i, elle n’est pas notée ; après -e, elle apparait sous forme de hamza suscrit (هٔ) :

daftarhā-ye kohne « les vieux cahiers ».

La préposition be- forme un cas lexicalisé : devant in et ān, elle prend une liaison en -d-.

be-d-ān « à celui-là », be-d-in « à celui-ci ».

7. Pronoms personnels et suffixes personnels enclitiques

Le persan distingue deux séries personnelles. La première est autonome : elle se comporte comme un groupe nominal ordinaire. La seconde est enclitique : elle prend appui sur un mot précédent et sert d’abord à marquer un possesseur, avec quelques emplois de complément.

Pronoms personnels


Singulier Pluriel
1re personne man mā
2e personne to šomā
3e personne u (animés) ; ān (inanimés) išān (animés) ; ānhā (inanimés)

Pour la 3e personne, le choix présenté ici dépend surtout du caractère animé ou non animé du référent. Lorsque ast suit immédiatement to ou u, la suite peut se réduire phonétiquement et graphiquement :

to + ast → tost ; u + ast → ust.

in xāne-ye tost <cette maison de toi est> « c’est ta maison ».

hame ust « tout est Lui » (ou « Il est tout ») [formule soufie].

Suffixes personnels enclitiques


Singulier Pluriel
1re personne -am -emān
2e personne -at -etān
3e personne -aš -ešān

Dans la possession, l’enclitique se met à la fin du groupe possédé, et non après chacun de ses mots. Les règles de liaison du § 6 s’appliquent après voyelle ; après une finale en -e, l’écriture sépare l’enclitique et lui donne une initiale a- :

nāme-at « ta lettre ».

āvāz-e soxanguyešān « la voix de leur porte-parole »

Le même principe vaut pour les coordinations et pour les chaines à ezāfe : une seule marque personnelle, placée à droite, suffit pour tout le groupe.

xāhar-o barādarat « ta sœur et ton frère » ;

doxtar-e kučekaš « sa petite fille ».

Ces suffixes ne sont pas réservés au domaine nominal. En poésie et dans l’usage parlé, ils peuvent reprendre un objet direct ou indirect, y compris dans une locution verbale (voir § 22-§ 23).

8. Pronoms réfléchis

La forme xod couvre l’ensemble des personnes. Elle ne varie donc pas par elle-même ; c’est le contexte, ou un élément ajouté, qui identifie la personne concernée.

Pour rendre la référence explicite, on ajoute soit un suffixe personnel, soit un pronom indépendant introduit par ezāfe.

in daftar māl-e xod-e man ast « ce cahier est le mien »

xodaš hāzer ast « il est lui-même présent ».

Devant un nom, xod sert plutôt d’insistance : le référent est visé lui-même, sans intermédiaire.

xod-e dustānam « mes amis eux-mêmes ».

9. Les démonstratifs

Les démonstratifs distinguent d’abord la proximité et l’éloignement. Employés comme adjectifs, ils restent invariables ; employés comme pronoms, ils disposent de formes plurielles.


Adjectifs Pronoms
Singulier Pluriel
Proches in in inhā
Éloignés ān ān ānhā (ānān)

Après la préposition be-, la rencontre avec in ou ān relève des règles d’évitement de l’hiatus décrites au § 6.

Les démonstratifs servent aussi de base à plusieurs séries lexicales. La série spatiale associe le démonstratif à jā « lieu » :

injā « ici » ; ānjā « là ».

La série d’identité combine in / ān avec ham « même » :

hamin / hamān « le même ».

La série de manière ou de qualité repose sur čun « comme » :

čonin / čonān « tel ».

10. Les interrogatifs et les exclamatifs

Les interrogatifs se répartissent selon deux critères : la fonction dans le groupe nominal et le type de référent. Employés seuls, ils opposent notamment l’animé et l’inanimé ; devant un nom, ils jouent le rôle de déterminants. Plusieurs de ces formes peuvent aussi être lues comme des exclamatifs.


Emploi Formes Remarque
pronom animé ki, ke « qui »
pronom inanimé če « quoi », « qu’est-ce qui »
adjectif interrogatif kodām, če « quel » devant un nom

Avec la copule ast, certaines séquences se soudent : če + ast donne čist, tandis que ki / ke + ast donne kist.

Quand če détermine un nom, le suffixe indéfini peut rester possible :

če xāne(i) « quelle maison ?, quelle maison ! »

Deux composés formés avec če interrogent ou soulignent la manière, la qualité ou la sorte :

  • če gune : « de quelle sorte », « comment », ou en exclamation « comme » ;
  • če towr : « comment » ou « comme ».

11. Pronoms et adjectifs numéraux, de quantité et indéfinis

Le groupe quantifié se construit de gauche à droite : d’abord le mot de quantité, ensuite le nom. La morphologie du nom ne reflète pas nécessairement la pluralité sémantique ; après un quantifieur ou un nombre, la forme nominale attendue reste le singulier.

Détermination indéfinie et distributive

Type Formes
totalité hame « tout » ; hamejā « partout » ; hamejā-ye Irān « partout en Iran »
distribution har « chaque » ; har kas « chacun »
indétermination harče « quelque » ; avec un comparatif : harče zudtar « le plus tôt possible »
altérité digar « autre » ; pesar-e digar(i) « un autre garçon »
négation hič ... na « aucun, ne… aucun »

La série construite sur digar peut fonctionner sans nom exprimé : digari et yeki digar désignent « un autre, quelqu’un d’autre » ; kasi digar a le sens de « quelqu’un d’autre », tandis que yek-digar marque la réciprocité.

Avec hič, la valeur négative est obtenue par la combinaison de l’indéfini et de la négation verbale :

hič ābi namānd « il ne resta pas d’eau » ; hič kas nayāmad « personne ne vint ».

Quantité

Les quantifieurs suivent la même syntaxe générale que les cardinaux : ils sont antéposés et laissent le nom au singulier. Lorsque la quantité est vague ou interrogative, le groupe peut encore recevoir le suffixe indéfini, par exemple dans čand daftar(i).

Type de quantité Formes et exemples
petite quantité yek kami « un peu (de) » ; yek qadri « une certaine quantité (de) »
quantité ouverte čand « quelques ; combien » ; čandān « tant de »
quantité interrogative če-qadr « quelle quantité de »
grande quantité xeyli, besyār, ziād « beaucoup (de), de nombreux »
quantité démonstrative in qadr, ān qadr « tant de »
variété hame jur « toutes sortes de »

besyār dānešāmuz « beaucoup d’élèves » ; in qadr qahve « tant de café » ; hame jur pārče « toutes sortes d’étoffes ».

Nombres cardinaux

Voici les formes de base à partir desquelles se forment les composés et les groupes de mesure :

Nombre Forme Nombre Forme Nombre Forme
1 yek 11 yāzde 30 si
2 do 12 davāzdah 40 čehel
3 se 13 sizdah 50 panjāh
4 čahār 14 čahārdah 60 šast
5 panj 15 pānzdah 70 haftād
6 šeš 16 šānzdah 80 haštād
7 haft 17 hefdah 90 navad
8 hašt 18 hijdah 100 (yek) sad
9 noh 19 nuzdah 200 davist
10 dah 20 bist 300 sisad
400 čahārsad 500 pānsad 600 šešsad
700 haftsad 800 haštsad 900 nuhsad
1000 (yek) hazār 500000 korur 1000000 milyun

Dans les nombres composés, les éléments sont annoncés du plus grand au plus petit. Le lien entre eux est o :

bist-o se « 23 » ;

čahārsad-o panjāh-o do « 452 ».

Le nom qui suit un cardinal garde la forme singulière :

se zan « trois femmes » ;

dah daftar « dix cahiers ».

Pour exprimer une quantité approximative de grande ampleur, c’est le numéral qui peut recevoir une marque de pluriel ; le nom compté, lui, reste au singulier :

sadhā daftar « des centaines de cahiers » ;

hazārān dānešāmuz « des milliers d’élèves ».

Numérateurs, mesures et sujet indéfini

Un classificateur peut s’insérer entre le cardinal et le nom. Sa fonction est de préciser le type d’unité comptée ; il est souvent sans équivalent lexical en français. tā convient fréquemment aux inanimés, et nafar aux humains :

se tā daftar « trois cahiers » ;

čahār nafar dānešju « quatre étudiants ».

La même structure accueille des noms de mesure, de contenant, d’ensemble ou de catégorie :

panj kilu berenj « cinq kilos de riz » ;

se kāse āš « trois bols de soupe » (mais se kāse-ye āš « trois bols à soupe ») ;

do dast lebās « deux ensembles d’habits » ;

čahār joft kafaš « quatre paires de chaussures » ;

do now‘ gol « deux sortes de fleurs ».

Pour un agent humain non identifié, le persan recourt volontiers à une 3e personne du pluriel là où le français emploierait « on ».

12. L’infinitif

L’infinitif donne au procès une forme nominale. On le reconnait à ses finales -tan et -dan :

didan « voir » ; neveštan « écrire ».

Comme il se comporte comme un nom, l’infinitif peut entrer dans une chaine à ezāfe, dépendre d’une préposition ou préciser l’usage d’un nom.

raftan-e Leylā « le départ de Leyla » ;

qalam-e neveštan <stylo d’écrire> « stylo pour écrire » ;

piš az āmadān-e dustam <avant de venir de mon ami> « avant la venue de mon ami ».

13. La racine du passé

Pour obtenir la racine du passé, on part de l’infinitif et l’on enlève la finale -an. Dans ce type de verbe, la base passée se déduit donc directement de la forme infinitive.

Infinitif Racine du passé
didan « voir » did
neveštan « écrire » nevešt

Cette racine sert d’abord comme forme nue de 3e personne du singulier au prétérit :

did « il vit » ; nevešt « il écrivit ».

On la retrouve aussi après des impersonnels tels que bāyad « il faut » ou mitavān / momkin ast « il est possible », lorsque l’action reste sans sujet personnel exprimé :

bāyad nevešt « il faut écrire » ;

mitavān did = momkin ast did « il est possible de voir ».

Elle sert enfin de support aux temps de la série passée : prétérit, imparfait de l’indicatif, imparfait du subjonctif et futur construit avec xāstan.

14. La racine du présent

La racine du présent est moins prévisible que la racine du passé. Pour beaucoup de verbes, elle doit être mémorisée avec l’infinitif ; les correspondances ci-dessous donnent seulement des modèles fréquents.

Opération Environnement Exemple
retrait d’une syllabe finale racine du passé en -id, -est, -eft, -oft ou -ād xaridan / xar- « acheter » ; dānestan / dān- « savoir » ; oftādan / oft- « tomber »
retrait du -d final racine du passé en -nd ou -rd māndan / mān- « rester » ; āvardan / āvar- « apporter »
retrait de consonne avec changement vocalique racine du passé en -ud nemudan / nemā- « montrer »
retrait du -t final racine du passé en -ft ou -št koštan / koš- « tuer »

Cette racine est la base des formes finies du présent, aussi bien à l’indicatif qu’au subjonctif. Elle sert également à former des dérivés non finis. Avec -ande, on obtient un participe présent à valeur adjectivale ou nominale ; avec -ān, un gérondif présent :

šekanande « cassant » (šekastan / šekan- « casser ») ; āyande « futur, prochain » ; šenavande, plur. šenavandegān « auditeur(s) ».

konān « en faisant ».

15. Les désinences personnelles

Les désinences personnelles indiquent la personne et le nombre du verbe fini. Elles se placent après la base verbale ; la finale -ad de 3e personne du singulier n’apparait que dans les formes imperfectives.


Pluriel Singulier Personne
-im -am 1re personne
-id -i 2e personne
-and -ad (imperfectif seulement) 3e personne

Après une base terminée par voyelle, la désinence ne s’ajoute pas toujours directement. Une liaison en -y- apparait devant une finale à initiale a-; devant -i, la transcription indique la jonction par ‘. Les formes du § 18 donnent ces alternances en contexte.

16. Les préfixes de conjugaison

Les préfixes verbaux se répartissent entre trois domaines : aspect, mode et polarité. Ils ne s’empilent pas tous de la même manière ; la négation, en particulier, modifie la présence de be-.

Domaine Préfixe Fonction
aspect mi- présente l’action comme en cours, répétée ou envisagée dans sa durée ; il caractérise le présent et l’imparfait de l’indicatif
mode be- accompagne le subjonctif et l’impératif, avec des valeurs de visée, d’injonction, de subjectivité ou de doute
négation na- nie la forme verbale ; il se place avant mi- et remplace normalement be-

na-raft « il n’alla pas ».

En persan classique, mi- peut apparaitre sous la forme hami, tandis que be- peut recevoir une valeur aspectuelle ponctuelle opposée à (ha)mi.

La phonologie de la racine intervient lorsque celle-ci commence par une voyelle. Une racine à initiale autre que i- entraine une liaison en -y- après na, et be- devient bi-. Devant i-, l’alef initial, transcrit ‘, se rattache au préverbe. Les exemples du § 18 illustrent ces deux cas.

17. Les temps formés sur la racine du passé

La racine du passé produit deux temps simples par ajout des désinences. Sans préfixe, on obtient le prétérit ; avec mi-, la même base entre dans l’imparfait.

Avec neveštan « écrire », la base est nevešt-. Le prétérit donne :

neveštam, nevešti, nevešt, neveštim, neveštid, neveštand.

À l’imparfait, mi- précède la même série personnelle :

mi-neveštam, mi-nevešti, mi-nevešt, mi-neveštim, mi-neveštid, mi-neveštand.

La négation se place avant le complexe verbal. Au prétérit, elle précède directement la base ; à l’imparfait, elle se met avant mi-.

naneveštam « je n’écrivis pas » ; na-mi-neveštam « je n’écrivais pas » (prononcé nemi°).

18. Les temps formés sur la racine du présent

À partir de la racine présente nevis- de neveštan « écrire », on obtient trois séries. Elles se distinguent par le préfixe choisi et par la présence ou non d’une désinence à la 2e personne du singulier.

Domaine Marque
indicatif présent mi- + racine du présent + désinence
subjonctif présent be- + racine du présent + désinence
impératif direct be- + racine du présent, sans désinence à la 2e personne du singulier


Indicatif présent Subjonctif présent Impératif
1re personne du singulier minevisam benevisam benevisam
2e personne du singulier minevisi benevisi benevis
3e personne du singulier minevisad benevisad benevisad
1re personne du pluriel minevisim benevisim benevisim
2e personne du pluriel minevisid benevisid benevisid
3e personne du pluriel minevisand benevisand benevisand

Dans la colonne « impératif », seule la 2e personne correspond à un ordre direct. Les autres formes sont des subjonctifs à valeur de souhait, d’exhortation ou d’injonction indirecte.

Le présent de l’indicatif n’est pas limité au moment de parole : il peut aussi annoncer une action future lorsque le contexte temporel l’impose.

La négation montre que mi- et be- n’ont pas le même comportement. Devant l’indicatif, na- précède mi-; devant le subjonctif et l’impératif, na- remplace le préfixe be- :

na-mi-nevisam « je n’écris pas » (prononcé nemi°) ;

nanevisam « que je n’écrive pas » ; nanevis « n’écris pas ! »

Si la racine commence par une voyelle, les jonctions se font selon les règles d’évitement de l’hiatus décrites au § 15 :

  • goftan / gu- « parler » : na-mi-guyam « je ne parle pas » ; mi-gu‘i « tu parles » ;
  • āvardan / āvar- « apporter » : biāvar « apporte ! » ;
  • istādan « se tenir debout » : be‘ist « tiens-toi debout ! ».

Cas de dāštan « avoir »

Avec son sens lexical de « avoir », dāštan (dār-) se conjugue hors du modèle préfixé : on n’y ajoute normalement ni mi- ni be-. Comme verbe léger d’une locution, en revanche, il suit la construction de l’ensemble verbal et peut recevoir mi- :

nān dāram « j’ai du pain » ;

rāh rā nešān mi-dāram « je montre le chemin » (nešān dāštan « montrer »).

19. Le participe passé

Le participe passé est construit sur la racine du passé avec le suffixe -e. C’est cette forme qui entre dans les temps composés, mais son emploi ne se limite pas à la conjugaison.

raftan « aller » → rafte.

Comme adjectif, il décrit l’état résultant d’un nom ; comme nom, il peut désigner ce qui a été dit ou accompli :

dar-e baste « la porte fermée » (bastan « fermer ») ;

guftehā-ye Mahdi « les paroles de Mahdi » (goftan « dire »).

Dans un autre emploi, le participe sert à construire un groupe circonstanciel. Il place le procès principal après un procès déjà atteint ou dans son prolongement immédiat. Le lien avec la proposition principale peut être assuré par va / -o « et » :

be-bāq rafte (va) goli čid <au jardin allé (et) une fleur cueillit> « après être allé au jardin, il cueillit une fleur ».

Quand le participe attendu serait šode « ayant été », il peut rester sous-entendu. Dans l’exemple suivant, l’entrée dans la chambre est présentée comme l’état préalable à l’action principale :

vāred-e hayyāt (šode) va sedā zad <à l’intérieur de la cour (ayant été) et appel frappa> « une fois entré dans la cour, il appela ».

20. Les auxiliaires

Les auxiliaires répartissent les informations que le verbe simple porte seul ailleurs : ils reçoivent la flexion et indiquent la valeur de la forme composée, qu’il s’agisse d’antériorité, de modalité, de futur ou de passif.

Auxiliaire Valeur grammaticale principale Remarque de forme
budan / bāš- « être » plus-que-parfait, subjonctif parfait be- n’apparait pas dans les formes présentées ici ; mi- est rare
xāstan / xāh- « vouloir » futur l’auxiliaire précède la base verbale du verbe lexical
šodan / šav- « devenir » passif dans les passifs ci-dessous, la forme ne prend pas be-
formes copulatives de « être » parfait et prédication d’existence opposition entre formes inaccentuées, éventuellement suffixées, et formes accentuées autonomes

Pour « être », il faut distinguer les formes brèves, qui s’appuient souvent sur le mot précédent, et les formes pleines. Ces dernières servent à poser l’existence ou à donner plus de relief à la prédication ; elles ne remplacent pas les emplois modaux ou futurs de budan.


Forme accentuée Forme brève Personne
hastam am 1re personne du singulier
hasti i 2e personne du singulier
hast ast 3e personne du singulier
hastim im 1re personne du pluriel
hastid id 2e personne du pluriel
hastand and 3e personne du pluriel

Après voyelle finale, la copule ast se soude fréquemment au mot qui précède et son initiale disparait :

Leylā injāst « Leyla est ici ».

21. Les temps composés

La base commune des temps composés est le participe passé. La forme finale dépend ensuite de l’auxiliaire ajouté : copule, budan, xāstan ou šodan.

Auxiliaire Forme obtenue Construction Exemple
forme enclitique de « être » parfait participe passé + copule brève xaride am « j’ai acheté »
budan / bāš- plus-que-parfait ou subjonctif passé participe passé + forme de budan xaride budam « j’avais acheté » ; xaride bāšam « que j’aie acheté »
xāstan / xāh- futur simple auxiliaire au présent sans mi- + racine du passé xāhim xarid « nous achèterons »
šodan / šav- passif participe passé + forme conjuguée de šodan xaride mi-šavad « il est acheté »

Le parfait peut recevoir mi- lorsque la forme décrit une habitude ancienne plutôt qu’un seul événement accompli.

mi-xaride and « ils achetaient habituellement ».

Dans les formes passives, le participe donne le lexème verbal et šodan porte les oppositions de temps et de mode :

xaride mi-šavad « il est acheté » ;

xaride šode ast « il a été acheté » ;

xaride šavad « qu’il soit acheté ».

22. La marque de l’objet direct défini

rā suit le groupe nominal objet lorsque cet objet est défini ou spécifique. La marque porte donc sur le groupe entier, non sur le verbe :

daftar rā mi-xaram « j’achète le cahier ».

Un objet non spécifique reste hors de ce marquage ; il apparait nu ou avec le suffixe indéfini -i :

daftar(i) xarid « il acheta un cahier ».

Deux pronoms singuliers fusionnent lexicalement avec cette postposition : man donne marā, et to donne torā.

marā did « il me vit » (didan « voir »).

L’objet pronominal peut aussi être exprimé autrement. Dans la langue parlée et dans la poésie, un suffixe enclitique peut reprendre le COD :

didam-aš « je le vis ».

Cet enclitique cherche un hôte dans le groupe verbal ; ce n’est pas nécessairement le verbe fini :

be-xāk-aš sepordand <à-terre-lui confièrent> « ils l’enterrèrent ».

Lorsque le COD contient un possesseur coréférent au sujet, on emploie le réfléchi xod. Le pronom ordinaire signale au contraire un possesseur distinct :

nāme-ye xod rā xānd « il lut sa (propre) lettre » ;

nāme-ye u rā xānd « il lut sa lettre (celle d’un(e) autre) ».

23. Locutions verbales

Une locution verbale réunit un noyau lexical non verbal et un verbe léger. Le noyau détermine le contenu sémantique, tandis que le verbe léger fournit la flexion et permet à l’ensemble de fonctionner comme un prédicat verbal.

Noyau lexical Rôle dans la locution Exemple
préposition orientation ou trajectoire bar gaštan « retourner »
adverbe modification de procès pas dādan « redonner »
adjectif changement d’état boland kardan « dresser, élever »
nom contenu lexical de l’action harf zadan « parler »

Dans ces formes complexes, le préfixe be- tend à être omis.

Du point de vue du COD défini, la locution vaut pourtant un verbe ordinaire : le groupe objet prend rā.

kamar-band-e xod rā tang kard <ceinture de soi rā étroit fit> « il serra sa ceinture ».

Un suffixe personnel objet peut choisir le noyau non verbal comme point d’appui :

tang-aš kard « il la serra » ;

yād-at kard <mémoire toi fit> « il t’enseigna ».

Il faut cependant distinguer les compléments de la locution et ceux du noyau lexical. Quand le complément dépend du nom ou de l’adjectif de la locution, le lien est nominal ou prépositionnel plutôt que verbal.

ejāze-ye raftan dād <permission de partir donna> « il donna la permission de partir » ; yād-e vatan-e ‘aziz-e xod rā kard <mémoire de pays ezāfe cher de lui rā faisait> « il se souvenait de son cher pays ».

24. Conjonctions de coordination

La coordination peut être explicite, avec une conjonction ou l’enclitique -o, mais elle peut aussi rester implicite lorsque la relation entre les deux procès est immédiatement récupérable.

Forme Valeur
-o (enclitique), va « et »
vali « mais »
yā « ou »
yā... yā « ou… ou »
balke « ou plutôt »
ham... ham « tout à la fois… et »

La juxtaposition est surtout naturelle quand deux actions forment une suite serrée ; le second prédicat donne alors le but ou l’aboutissement du premier.

raftam qalamhā xaridam <allai stylos achetai> « j’allai acheter des stylos ».

25. Propositions subordonnées sans conjonction de subordination

Une proposition dépendante n’a pas toujours besoin d’un subordonnant exprimé. Le lien peut être porté par le sens de la principale et par le mode du verbe dépendant. Les contrastes essentiels concernent donc la forme verbale attendue.

Subjonctif juxtaposé

Après une principale exprimant volonté, ordre, crainte ou intention, la proposition qui suit peut être simplement juxtaposée et prendre le subjonctif :

be-bāzār mi-ravam mive be-xaram <à-marché vais fruits que-j’achète> « je vais au marché acheter des fruits ».

Les impersonnels modaux déclenchent le même choix si la proposition dépendante possède un sujet propre. Les plus utiles sont :

Valeur Formes
nécessité bāyad ; au passé bāyist
possibilité mumkin ast / bud, ou mi-tavān / mitavānist
suffisance kāfi ast / bud
accord ou décision qarār mi-šavad / šod

bāyad be-madrase be-ravad « il faut qu’il aille à l’école ».

Racine du passé nue

Lorsque l’action dépendante est impersonnelle ou sans sujet distinct, le verbe peut être réduit à la racine du passé :

bāyad montazer mānd « il faut attendre ».

Imparfait de non-réalisation

Pour une action qui aurait du, pu ou souhaité se produire sans être réalisée, la dépendante passe à l’imparfait. Avec kāš « si seulement », la même forme exprime le regret :

bāyad zudtar mi-āmadam « il aurait fallu que je vienne plus tôt » ;

kāš u rā mi-didam « si seulement je l’avais vu ».

La postériorité de la dépendante peut maintenir un présent après une principale au passé :

be-bāzār raftam ke mive be-xaram « j’allai au marché acheter des fruits ».

Progressif par juxtaposition

Le progressif relève du même principe de juxtaposition. dāštan « avoir » reçoit la conjugaison et introduit la proposition qui exprime l’action en cours :

dāram nāme mi-nevisam « j’écris une lettre en ce moment » ;

dāštam nāme mi-neveštam « j’écrivais alors une lettre ».

26. La conjonction ke

Le mot ke est un subordonnant très général. Il ne correspond donc pas à une seule conjonction française : selon le contexte, il introduit un contenu rapporté, une visée, une conséquence, une mise en relief ou une explication.

Comme complémenteur, il ouvre la proposition qui dépend d’un verbe tel que « savoir », « dire », « demander » ou « s’étonner ». Le passage au discours indirect ne force pas toujours un changement de temps ou de mode :

mi-dānid ke u fardā mi-āyad yā na « savez-vous s’il viendra demain ou non ? » ;

goft ke be-madrase mi-ravam <dit que à-école vais> « il dit qu’il allait à l’école » ;

porsid ke kojā benšinam « il demanda où s’asseoir » ;

ta‘ajjub kard ke bārān mi-bārid « il s’étonna qu’il pleuve » ;

Leylā āmad ke nāme āmāde ast « Leyla vint [dire] que la lettre était prête ».

Les tours décrits au § 25 acceptent eux aussi ke, à l’exception du cas où un impersonnel gouverne directement la racine du passé nue. La valeur finale est alors fréquente :

be-bāzār mi-ravam ke mive be-xaram « je vais au marché acheter des fruits »

Hors des complétives, le mode dépend de l’interprétation : visée, possibilité, doute ou postériorité appellent le subjonctif.

Dans les corrélations, ke introduit le terme qui complète la mesure ou l’intensité annoncée :

ān qadr āheste raft ke qāfele resid « il marcha si lentement que la caravane arriva ».

Pour focaliser un constituant, on le place avant la proposition et on fait suivre ce constituant de ke :

dar madrase bud ke u rā šenāxtam « c’est à l’école que je le reconnus ».

ke peut encore expliciter un démonstratif, un nom ou un groupe prépositionnel. La traduction française choisit alors une expression adaptée au rapport logique : « le fait que », « à savoir que », « parce que », ou une reformulation plus naturelle.

bedin dalil bāz gašt ke rāh baste bud « il revint pour cette raison que la route était fermée » = « il revint parce que la route était fermée » ;

mesl-e ān bud ke hame čiz rā farāmuš karde bāšad « c’était comme s’il avait tout oublié ».

Dans les locutions conjonctives, le mot qui précède ke porte l’essentiel de la relation entre les propositions :

Relation Locution
temps vaqti-ke « quand »
lieu jā‘i-ke « où »
cause az ānjā‘i-ke « parce que »
concession bāvojudi-ke « bien que »
comparaison hamān-towri-ke « exactement comme »
conséquence be-towri-ke « si bien que » (+ subjonctif)

La combinaison avec in ou ān donne aussi des locutions figées :

pas az ān ke « après que » ; barā-ye ān ke « afin que ».

27. Les relatives

La proposition relative est introduite par ke, mais ke ne porte pas lui-même les distinctions françaises entre « qui », « que », « dont » ou « à qui ». La fonction de l’antécédent se lit dans la structure interne de la relative : absence de reprise, reprise par un pronom, préposition, ou suffixe possessif.

Dans une relative déterminative, l’antécédent reçoit -i. ke suit cet antécédent ; si celui-ci est objet défini de la principale, rā peut s’intercaler avant ke.

Type de reprise Construction
aucune reprise si l’antécédent est sujet doxtar-i ke injā ast dust-e man ast « la jeune fille qui est ici est mon amie »
rā dans la principale daftar-i rā ke xaridam injāst « le cahier que j’ai acheté est ici »
pronom objet facultatif dans la relative javān-i ke pari-ruz (u rā) didid injāst « le jeune homme vu avant-hier par vous se trouve ici »
préposition conservée dans la relative javān-i ke bā-u āmadam injāst « le jeune homme avec qui je suis venu est ici »
suffixe possessif sur le nom dépendant javān-i rā ke daftar-aš injāst mi-binam « je vois le jeune homme dont le cahier est ici »

Les relatives explicatives utilisent le même introducteur. Elles ajoutent une information sur un référent déjà identifié :

in javān ke dust-e man ast šomā rā komak xāhad kard « ce jeune homme, mon ami, vous aidera » ;

Kamrān bāqi dāšt ke dar ān golhā-ye besyār bud « Kamran avait un jardin où il y avait beaucoup de fleurs ».

Certains tours en ke développent plutôt un groupe nominal ou adjectival et prennent une valeur circonstancielle dans la traduction. La principale reprend alors l’ensemble de la situation :

dars ke tamām šod be-manzel raftim <cours que fini fut à-maison partimes> « le cours terminé, nous sommes rentrés » ;

ānjā ke residim istādim <là que arrivāmes nous-arrêtāmes> « une fois arrivés là, nous nous sommes arrêtés ».

28. Autres conjonctions de subordination

Toutes les subordonnées ne passent pas par une locution en ke. Certains subordonnants fonctionnent seuls : čun, par exemple, peut avoir une valeur temporelle de « quand ». Pour la cause, čun, zir, če et čerā se rencontrent avec ou sans ke.

Le cas de tā demande une lecture contextuelle, car la même forme peut marquer une limite, un point de départ, un terme, une finalité ou une comparaison :

Domaine Valeur française approximative
extension d’une limite aussi loin que, aussi longtemps que, pour autant que
point de départ d’un événement dès que, d’ici à ce que
terme attendu jusqu’à ce que ; souvent avec une négation
visée ou résultat pour que, en sorte que/de ; avec subjonctif
second terme comparatif que, plutôt que

dir amad tā hame raftand « il arriva tard, alors que tous étaient partis » ;

injā bemān tā bād ārām šavad « reste ici jusqu’à ce que le vent se calme ».

29. La condition

La conjonction conditionnelle de base est agar « si ». Pour choisir les temps, il faut d’abord décider si l’hypothèse est présentée comme ouverte ou comme contraire aux faits.

Type d’hypothèse Subordonnée Principale
potentielle ou envisageable subjonctif présent ; prétérit si le procès est antérieur indicatif présent ou futur
irréelle ou non réalisée imparfait ou plus-que-parfait imparfait ou plus-que-parfait

Pour une condition encore envisageable :

agar vaqt dāšte bāšid, fardā mi-āyam « si vous avez le temps, je viendrai demain ».

Pour une condition irréelle ou non réalisée :

agar dir na-mi-āmadim, dar rā bāz mi-yāftim « si nous n’étions pas arrivés tard, nous aurions trouvé la porte ouverte » ;

agar xabar dāšte bud, safar na-mi-kard « s’il avait été informé, il ne serait pas parti ».

Avec agarče « même si, bien que », l’indicatif ou le subjonctif dépend du statut attribué au contenu subordonné : fait reconnu, ou simple éventualité.

30. « Commencer à »

Les verbes inchoatifs, c’est-à-dire les verbes qui signifient « commencer », prennent deux compléments possibles. Le choix dépend de la complexité de l’action commencée.

Si l’action peut être exprimée par un verbe sans complément propre, le complément se réduit à be + infinitif :

šoru‘ kard be neveshtan « il se mit à écrire ».

Si l’action commencée contient elle-même un objet ou une structure verbale développée, le persan emploie plutôt une proposition dépendante au subjonctif, simplement juxtaposée :

šoru‘ kard panjare rā tamiz konad <commencement fit fenêtre rā propre qu’il fasse> « il commença à nettoyer la fenêtre ».

31. Formes et tours de la langue classique rencontrés dans les textes

Ordre du groupe nominal et adpositions

La lecture des textes classiques suppose de reconnaitre des tours que le persan contemporain ne généralise plus. Certains relèvent de l’ordre des mots : l’épithète peut être placée avant le nom qu’elle qualifie.

širin mordan-e u « son doux mourir » (Nezāmi).

Du côté des adpositions, plusieurs formes demandent une équivalence avec le système moderne. ze se lit comme une variante de az, andar comme une ancienne forme de dar, et be peut ouvrir des groupes prépositionnels complexes tels que be sar bar « sur la tête ».

ze lahad raqs konān bar xizam « du tombeau, je me lève en dansant » (Hāfez).

kandar ney fetād « qui tomba dans la flute » (Rumi).

Valeurs anciennes de rā et des suffixes personnels

Le marqueur rā a en classique une distribution plus souple que dans la norme contemporaine. Il peut manquer là où l’on attendrait aujourd’hui un COD défini, et il peut aussi signaler un participant concerné par l’action : bénéficiaire, destinataire ou possesseur touché par le procès.

malek rā mohr bar dāšt litt. « elle ôta le pansement au roi » (Nezāmi) ;

čašm-o guš rā ān nur nist « cette lumière n’appartient ni à l’œil ni à l’oreille » [Rumi].

La forme des enclitiques personnels peut également se réduire en vers. Pour les suffixes singuliers, la voyelle initiale est parfois supprimée :

be rasm-e namāz āmadandiš piš « ils venaient devant lui pour lui rendre hommage » (Ferdowsi)

Préverbes, aspect et négation

La morphologie verbale classique emploie les préverbes avec plus de liberté qu’en persan standard actuel. mi et sa variante hami orientent l’interprétation vers la durée, la répétition ou la stabilité d’un état. La particule peut être séparée du verbe et s’emploie avec des formes personnelles, avec dāštan « avoir », budan « être » et même avec l’impersonnel bāyestan.

hami goft ke ku ku ku ku « il disait : ‘où, où ? où, où ?’ » (‘Omar Xayyām).

mey-e rowšan mi xor « bois le vin clair » (‘Omar Xayyām).

L’absence de hami / mi au présent n’est donc pas exceptionnelle dans les textes :

naqši zanad-am rāh-e xayāl « une image traverse le cours de mes pensées » (Hāfez)

Le préverbe be, de son côté, tend à présenter le procès comme ponctuel ou borné. On le trouve devant des formes personnelles, des impératifs, des infinitifs et des participes passés. Il n’est normalement pas associé à un autre préverbe, même si la langue ancienne autorise certaines combinaisons avec la négation.

benešaste hami goft « s’étant posé il disait » (‘Omar Xayyām).

À l’impératif, son absence est courante. Sa présence peut toutefois être commandée par la forme du vers autant que par la syntaxe :

xiz-o balā benemā « dresse-Toi et montre Ta taille » (Hāfez).

Les contraintes métriques expliquent aussi certaines contractions. Après be-, la voyelle du verbe peut tomber quand celui-ci commence par p, b, d, f, n, r ou g; devant o, la forme attendue peut devenir bo, comme dans bobride pour beboride :

marā bobride and « on m’a coupé » (Rumi)

D’autres préverbes apparaissent régulièrement dans la langue ancienne ; la poésie permet en outre de les éloigner du verbe auquel ils se rattachent.

če māye bedu gowhar andar nešāxt « quelle quantité de pierres précieuses il y incrusta ! » (Ferdowsi).

Pour l’impératif négatif, la particule classique est ma :

kas rā izā‘ makon « ne fais pas de mal à personne » (Nāser al-Din Tusi).

Morphologie verbale classique

Certaines finales anciennes modifient la valeur temporelle ou modale du verbe. Ajouté au présent ou au prétérit, -i peut renvoyer à une habitude passée ou à un état prolongé ; selon le contexte, il marque aussi l’irréel, le regret, le souhait ou la scène rêvée. La forme peut se combiner avec mi.

šahān nehādandi ru « les rois posaient le visage » (‘Omar Xayyām).

mi šodandi bar taxt-e u « ils se tenaient devant son trône » (Ferdowsi).

Le verbe budan « être » offre plusieurs variantes classiques. La forme prétéritale bud peut être ramenée à bod, notamment pour satisfaire le mètre :

pušidani now bod « se vêtir était neuf » (Ferdowsi) ;

Au présent, bovad est une 3e personne du singulier construite sur bov-, racine parallèle à bāš- :

hasti ke bovad zāt-e Xodāvandi ‘aziz « l’Être qui est l’essence du Seigneur bien-aimé » (Jāmi).

Une autre finale, -ā, se rencontre à la 3e personne du singulier du prétérit. Avec goftā « il dit », elle sert souvent à lancer un discours direct ; ailleurs, elle peut colorer la forme d’un souhait ou d’une exhortation, ou simplement répondre au vers.

goftā « del-e xorram-e to kābin-e man ast » « elle dit : ‘c’est ton cœur joyeux qui est ma douaire’ » (‘Omar Xayyām).

Le parfait peut enfin se contracter, surtout à la 3e personne du singulier. Ainsi budast équivaut à bude ast :

‘āšeq-e zāri budast « il a été un amant éperdu » (‘Omar Xayyām).

Précatif et formes adjectivales

Le précatif prolonge un ancien subjonctif moyen-perse. Dans les exemples du corpus, il apparait à la 3e personne du singulier du présent, avec -ād ajouté à la racine présente :

be āmorzeš rasād ān āšnā‘i « que cet amour accède au pardon ! » (Nezāmi).

La formation racine du présent + -ān, décrite plus haut comme gérondif, garde en classique une valeur adjectivale vivante. Le persan moderne en conserve surtout des formes lexicalisées. Dans les textes, konān, nālān, ravān et tābān se rattachent respectivement à kardan / kon- « faire », nālidan, raftan / rav- « aller » et tāftan / tāb- « resplendir, illuminer ».

L’impersonnel bāyestan « falloir » accepte enfin davantage de compléments que dans la norme moderne : non seulement la racine du passé à valeur d’infinitif bref, mais aussi un infinitif complet ou une forme personnelle, présente ou passée.

bāyad sepordan « il faut livrer, confier » (Nezāmi).

32. Note sur la métrique

La métrique classique persane compte les syllabes selon leur poids. Un vers n’est donc pas seulement une suite d’accents : il réalise un patron où alternent positions brèves et positions longues.

Le poids de base dépend de la structure de la syllabe :

Type Structure Exemple
brève voyelle brève ouverte (a, e, o) première syllabe de soxan « parole »
longue voyelle longue (ā, i, u), diphtongue, ou voyelle brève fermée par consonne première syllabe de šā‘er « poète » ; deuxième syllabe du même mot
surlongue voyelle longue suivie de consonne(s), sauf devant n seul ; ou voyelle brève suivie de deux consonnes āf- dans āftāb « soleil » ; goft dans goft k[e] « dit que »

Une syllabe surlongue n’a pas partout la même valeur métrique. À l’intérieur du vers, elle peut occuper l’équivalent d’une longue suivie d’une brève ; en finale, elle est ramenée à une longue. Les licences poétiques modifient ponctuellement ces équivalences, mais elles ne suppriment pas le principe quantitatif.

Certaines formes grammaticales créent des positions variables. L’ezāfe, c’est-à-dire le -e qui relie le nom à un déterminant adjectival ou nominal (voir § 4), peut selon le contexte être compté comme brève ou comme longue.

Les grands poèmes classiques se rattachent à des patrons identifiables : le Šāhnāme emploie une variante du motaqāreb ( ̆ ˉ ˉ | ̆ ˉ ˉ | ̆ ˉ ˉ | ̆ ˉ), Xosrau va Širin de Nezāmi relève du hazaj ( ̆ ˉ ˉ ˉ | ̆ ˉ ˉ ˉ | ̆ ˉ ˉ ), et le masnavi de Rumi comme le Manteq al-teyr de ‘Attār utilisent une variété du ramal ( ˉ ̆ ˉ ˉ | ˉ ̆ ˉ ˉ | ˉ ̆ ˉ ).